Elsewhere de Neil Macdonald. L’histoire du skate britannique

Dans Elsewhere, Neil Macdonald rassemble les photographies, les lieux et les silhouettes qui ont construit le skateboard britannique entre 1987 et 2002. Une histoire de marges urbaines, d’improvisation et de résistance culturelle.

Avant les vidéos partagées instantanément, les collaborations de mode et les podiums olympiques, il y avait des morceaux de bois abandonnés, des dalles disjointes, des rebords couverts de mousse et des parkings presque vides.

Le skateboard britannique ne s’est pas développé sous le soleil californien. Il est né dans l’humidité, sous les passages souterrains, au pied d’architectures qui n’avaient jamais été pensées pour lui. Une pratique sans espace officiel, contrainte d’inventer ses propres territoires dans les fissures de la ville.

C’est cette histoire parallèle que raconte Neil Macdonald dans Elsewhere: The Story of UK Skateboarding 1987–2002. Skateur, auteur et archiviste, il rassemble des images inédites, des documents retrouvés et les témoignages de celles et ceux qui ont participé à l’émergence d’une scène britannique profondément singulière.


Une culture construite ailleurs

Le titre du livre dit déjà beaucoup : Elsewhere, ailleurs.
Ailleurs que dans les images de piscines californiennes et de routes bordées de palmiers. Ailleurs que dans les espaces conçus, réglementés et officiellement accordés au skateboard. Ailleurs, surtout, que dans les récits dominants d’une culture trop souvent racontée depuis les États-Unis.
Entre 1987 et 2002, le skateboard britannique se développe au contact d’une réalité urbaine plus rugueuse. Les surfaces sont mauvaises, la météo imprévisible et les skateurs régulièrement chassés des lieux qu’ils transforment momentanément en terrains de jeu.
Cette difficulté n’empêche pas la création. Elle lui donne au contraire sa forme.
À travers les vêtements, les musiques, les magazines indépendants et les photographies, une identité apparaît. Moins spectaculaire peut-être, mais traversée par une tension particulière : celle d’un corps qui tente de s’élever dans un environnement constamment déterminé à le ramener au sol.

Southbank, avant le « Skate Space »

Sur une photographie prise par Corin Casey en 1991, Ben Wheeler skate à Southbank au milieu d’un paysage presque entièrement gris. Une petite rampe bricolée avec du bois récupéré suffit à transformer le lieu.
L’image n’avait jamais été publiée. Elle contient pourtant l’essentiel : l’improvisation, l’appropriation temporaire de l’espace et la fragilité des constructions. La rampe pouvait disparaître le lendemain, être confisquée ou finir dans la Tamise.
Pendant des années, le Southbank Centre a tenté d’empêcher les skateurs d’utiliser le site en installant des barrières, en retirant des dalles ou en éteignant les lumières. Le lieu célèbre aujourd’hui cette histoire qu’il avait longtemps cherché à faire disparaître.
L’archive révèle parfois ces contradictions mieux que n’importe quel discours.

Jamie Bolland, Glasgow, 2001. Photographie © Leo Sharp

Des gestes impossibles dans des lieux imparfaits

À Glasgow, Jamie Bolland semble flotter au-dessus d’un spot presque impraticable. Photographié par Leo Sharp en 2001, il transforme des dalles instables, une rampe démesurée et une courbe difficile en une image de facilité.
À Sheffield, Colin Kennedy glisse sur un rebord humide et couvert de mousse sous la lumière froide d’une fin de journée hivernale. Photographiée par Andy Horsley en 1996, la scène pourrait difficilement être confondue avec la Californie. L’arbre nu, le béton abîmé et la veste The North Face composent une définition presque instinctive du skateboard britannique.
La difficulté du terrain ne se trouve pas en périphérie de l’image. Elle en est le sujet.

Jimmy Boyes, Newcastle, 1991. Photographie © James Hudson

Des gestes impossibles dans des lieux imparfaits

À Glasgow, Jamie Bolland semble flotter au-dessus d’un spot presque impraticable. Photographié par Leo Sharp en 2001, il transforme des dalles instables, une rampe démesurée et une courbe difficile en une image de facilité.
À Sheffield, Colin Kennedy glisse sur un rebord humide et couvert de mousse sous la lumière froide d’une fin de journée hivernale. Photographiée par Andy Horsley en 1996, la scène pourrait difficilement être confondue avec la Californie. L’arbre nu, le béton abîmé et la veste The North Face composent une définition presque instinctive du skateboard britannique.
La difficulté du terrain ne se trouve pas en périphérie de l’image. Elle en est le sujet.

Ben Bodilly, Penzance, 1995. Photographie © Wig Worland

Une autre manière d’habiter la ville

L’une des photographies les plus révélatrices du livre montre Jimmy Boyes à Newcastle en 1991. Devant l’objectif de James Hudson, le skateur et un homme d’affaires traversent le même espace en suivant deux directions opposées.
D’un côté, une planche usée jusqu’à l’épuisement. De l’autre, une serviette en cuir brillant. Entre eux, une architecture publique supposée organiser les déplacements et les comportements.
Jimmy Boyes ne détruit pas cette architecture. Il en modifie momentanément la fonction. Là où l’un voit une limite, l’autre découvre un mouvement possible.
Cette confrontation silencieuse raconte ce que le skateboard a toujours été : une autre manière de lire et d’habiter la ville.

Colin Kennedy, Sheffield, 1996. Photographie © Andy Horsley

Quand l’archive devient style

À Penzance, en 1995, Wig Worland photographie Ben Bodilly en plein saut. Le vent, la Volvo stationnée à l’arrière-plan et la silhouette ample du skateur transforment l’instant en image de mode involontaire.

La photographie apparaît dans le premier numéro de Sidewalk, magazine qui accompagnera la scène britannique pendant deux décennies. Près de trente ans plus tard, la tenue de Ben Bodilly pourrait apparaître dans une campagne contemporaine.

Mais ce que la mode reproduit aujourd’hui comme une silhouette était alors le résultat naturel d’une pratique, d’une époque et d’une communauté.
C’est peut-être là que réside la force de Elsewhere. Le livre ne montre pas seulement comment le skateboard britannique s’est développé. Il rappelle comment une culture née dans les marges a fini par transformer notre manière de regarder les vêtements, les corps, la photographie et l’espace public.
Ces images n’étaient pas destinées aux musées. Elles documentaient des gestes fugitifs, dans des lieux qui pouvaient disparaître à tout moment.
Elles sont aujourd’hui devenues les traces d’une liberté construite avec presque rien.
Elsewhere: The Story of UK Skateboarding 1987–2002, de Neil Macdonald, est publié par Batsford.
Salut les Garçons

SLG+ est une publication de culture visuelle.
Un espace où la mode dialogue avec la mémoire, les rituels et les vestiges contemporains.

Un objet à garder.
Une archive à revisiter.
Un regard à transmettre.

https://salutlesgarcons.com
Suivant
Suivant

Andrew Stepien dans MORE THAN THAT par Elys Berroterán